L’état des populations de doré au GLSF

L’ÉTAT DES POPULATIONS DE DORÉ JAUNE AU GRAND LAC SAINT-FRANÇOIS

24 mai 2016


Bien que le Grand lac Saint-François fût un site d’intérêt pour la pratique de la pêche au doré jaune dans le sud du Québec jusqu’au début des années 1990, la situation est bien différente de nos jours alors que la population est précaire. Afin de mieux comprendre et documenter la dynamique de la population, plusieurs intervenants locaux et régionaux ont uni leurs efforts au cours des dernières années, dont le parc national de Frontenac.

LE POINT DE DÉPART : L’IDENTIFICATION DES FRAYÈRES

Le parc national de Frontenac et ses partenaires, dont le Regroupement pour la protection du Grand lac Saint-François (RPGLSF), les associations de riverains et l’Association des pêcheurs du Grand lac Saint-François, ont consacré des efforts substantiels afin d’identifier et de caractériser les frayères à doré jaune sur le lac. Suite à un rapport déposé en 2001 par la Société de la faune et des parcs du Québec, un problème de recrutement avait été identifié comme étant un des facteurs ayant affectés négativement la population de doré jaune (Major, 2001). À cette époque, la population au lac était jugée comme étant précaire.

Suite à ce constat, le parc et ses partenaires ont mis sur pied un projet afin d’identifier les tributaires où une activité de fraie du doré jaune était possible. Plusieurs informations utiles ont aussi été relevées afin de pousser l’analyse plus loin, tels le nombre de géniteurs observés, la température de l’eau, le type de substrat et la présence d’œufs. En se basant sur l’ensemble des observations faites lors des visites de sites, il a été possible de classer les différents tributaires en 3 catégories : potentiel de fraie élevé, moyen ou faible, voire nul. Ce projet a ainsi permis d’actualiser nos connaissances sur l’état des frayères à dorés jaunes sur l’ensemble du Grand lac Saint-François en plus d’identifier 4 sites présentant des caractéristiques intéressantes, dont 3 sont situées à l’intérieur du parc.

Figure 1 Frayère à dorés jaunes de la rivière Felton, Jean Routhier

LA POURSUITE DU PROJET EN 2015

Suite au rapport de 2014 sur l’identification et l’état des frayères, des sites de fraie ont été identifiés comme ayant un potentiel élevé bien qu’ils soient désormais peu utilisés par l’espèce en question. Il importait donc de savoir si les conditions et propriétés physiques rencontrées dans ces frayères durant la période de fraie étaient optimales ou si des travaux de réaménagement ou de restauration de site devaient être envisagés.

Or, en 2015, l’évaluation des paramètres physiques de 2 frayères à potentiel élevé situées sur le territoire du parc, soit celle de la rivière Felton et celle de la rivière Muskrat, a été réalisée en partenariat avec une firme spécialisée. Les conclusions de cette étude ont été en quelque sorte encourageantes pour l’espèce : les 2 frayères possèdent l’ensemble des caractéristiques idéales pour la fraie du doré jaune. Des travaux de réaménagement ou de restauration ne sont donc pas nécessaires pour ces 2 sites.

D’un autre côté, cette constatation indique que la problématique liée à la faible population de doré jaune au Grand lac Saint-François n’est pas spécifiquement reliée à la qualité des frayères. La faible fréquentation des frayères par l’espèce laisse sous-entendre que d’autres facteurs influencent négativement la population.

Figure 2 Frayère à dorés jaunes de la Rivière Muskrat, Jean Routhier

PRÈS DE 15 ANS PLUS TARD

L’étude de M. Luc Major déposée en 2001 a amorcé une démarche d’acquisition de connaissance sur les problématiques entourant la population de doré jaune dans le lac. Près de 15 ans plus tard, une seconde étude du ministère de la Faune, des Forêts et des Parcs intitulée « Caractérisation ichtyologique du Grand lac Saint-François et état de la population de dorés jaunes (Sander vitreus) en 2010-2011 » a été rendue publique en janvier 2016.

Ce document confirme certaines inquiétudes à l’égard de cette population de poisson : la faible abondance, le taux de croissance rapide, la diminution de la taille moyenne ainsi que l’âge de maturité sexuelle extrêmement faible sont tous des signes d’une population en surexploitation (Royer, 2014). Selon cette dernière étude, la population est toujours à un stade précaire.

Par contre, d’autres informations en lien avec l’habitat du poisson semblent au contraire plus encourageantes. En effet, toujours selon ce rapport, bien que la population ait été identifiée comme étant en situation précaire, tout comme en 2001, elle serait maintenant en phase de récupération, ce qui n’était pas le cas il y a 15 ans! Par ailleurs, la côte trophique du lac se serait améliorée, passant du stade mésotrophe avancé à un stade entre oligo-mésotrophe et mésotrophe. Combiné au fait que les frayères du Grand lac Saint-François sont généralement de bonne qualité, l’habitat du doré jaune se serait donc amélioré depuis l’étude de caractérisation de 2001.

Les perspectives d’avenir pour l’espèce sont donc plus encourageantes qu’en 2001. Les différents suivis réalisés par le parc dans les prochaines années sur la fréquentation des frayères et la structure des populations de poissons dans le Grand lac Saint-François deviendront alors de bons indicateurs pour suivre l’état de la population de doré jaune dans ce plan d’eau.

RÉFÉRENCES

Royer, J., 2014. Caractérisation ichtyologique du Grand lac Saint-François et état de la population de dorés jaunes (Sander vitreus) en 2010-2011. Ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs, Direction de la gestion de la faune de la Capitale-Nationale et de la Chaudière-Appalaches, Québec, 69 p.

Major, L., P. Pettigrew et P-Y. Collin. 2001. Caractérisation ichtyologique du lac St-François et état de la population de dorés jaunes (Stizostedion vitreum), 1998-2000. Société de la faune et des parcs du Québec. Direction de l’aménagement de la faune de la Chaudière-Appalaches. 28p.+ ann.


Louis Laferrière est responsable du service de la conservation et de l’éducation au parc national de Frontenac. laferriere.louis@sepaq.com

Photos du carrousel: Jean Routhier